La déclaration des professionnels libéraux relevant des Bénéfices Non Commerciaux (BNC) repose sur un formalisme simplifié :
- comptabilité recettes / dépenses
- absence de bilan
- possibilité d’évaluer forfaitairement certains frais (notamment les déplacements)
Cette simplicité apparente cache toutefois de nombreux pièges, sources fréquentes de redressements fiscaux.
Voici 10 erreurs à éviter absolument.
1. Déduire des dépenses non « nécessaires à l’exercice de la profession »
Pour être déductibles, les dépenses doivent être nécessaires à l’acquisition ou à la conservation du revenu professionnel, autrement dit avoir un lien direct avec l’activité exercée.
Ne sont donc pas déductibles les dépenses à caractère personnel ou relevant de simples convenances privées.
Exemples :
- loyer, amortissement ou entretien de locaux qui ne servent pas de bureaux ou de lieux d’accueil de la clientèle
- vêtements pouvant être portés dans la vie courante (à l’inverse, la robe d’un avocat ou des chaussures de sécurité spécifiques restent déductibles)
- frais de réception sans justification du caractère professionnel ou de l’intérêt attendu ;
- frais de déplacement domicile / lieu d’exercice supérieurs à 40 km, sauf circonstances particulières dûment justifiées
- impôts personnels comme l’impôt sur le revenu ou la taxe d’habitation
En cas d’utilisation mixte d’un bien (privé / professionnel), une clé de répartition précise et justifiable est indispensable (surface, temps d’utilisation…).
En savoir plus sur les spécificités comptables et fiscales des professions libérales.
2. Déduire des dépenses expressément exclues du droit à déduction
Certaines dépenses sont explicitement exclues du droit à déduction par la loi fiscale (dépenses dites somptuaires).
Exemples :
- amortissement ou location de véhicules dépassant les plafonds fiscaux en fonction des émissions de CO₂ ;
- dépenses de chasse ou de bateaux de plaisance (article 39 du CGI).
Si ces frais ont été comptabilisés, ils doivent être réintégrés fiscalement, notamment ligne 36 de la déclaration 2035.
3. Confondre charges et immobilisations
Les acquisitions de biens destinés à servir durablement à l’activité (durée d’utilisation supérieure à un an) constituent des immobilisations :
- matériel,
- mobilier,
- immeubles.
À l’exception des biens de faible valeur (moins de 500 € HT), ces dépenses ne sont pas déductibles immédiatement mais doivent être amorties sur leur durée d’utilisation.
Attention :
- passer une immobilisation en charges est une erreur classique ;
- le contrôleur rejettera la charge et l’amortissement s’il n’est pas correctement déclaré.
Les amortissements doivent être mentionnés sur le tableau I de la 2035-B pour être fiscalement admis.
Lire notre article Charges ou immobilisations : quelles différences ? pour en savoir plus.
4. Oublier de retraiter les cotisations sociales de l’exploitant
Une partie de la CSG et de la CRDS n’est pas déductible fiscalement.
- la part non déductible doit être indiquée en ligne 13 « autres impôts », puis réintégrée ligne 36 ;
- la part déductible de la CSG est portée en ligne 14.
Par ailleurs, les cotisations facultatives (mutuelle, prévoyance, retraite Madelin) sont plafonnées en fonction du bénéfice.
En cas de résultat faible ou de versements élevés, il est indispensable de vérifier le respect des plafonds.
5. Négliger le formalisme documentaire
De nombreux redressements reposent sur des manquements de forme, par exemple :
- absence de factures conformes (mentions obligatoires) ;
- absence de relevé détaillé des kilomètres parcourus en cas d’indemnités kilométriques ;
- frais de repas sans indication des invités ou de l’objet professionnel ;
- amortissements non enregistrés.
Règle essentielle : toute charge doit pouvoir être justifiée.
6. Mélanger frais réels et indemnités kilométriques
Spécificité des BNC : la possibilité d’opter pour le barème kilométrique pour les véhicules.
Ce barème couvre :
- carburant
- entretien courant
- assurance
- amortissement du véhicule
Ne sont pas inclus :
- frais de stationnement et de garage
- péages
- accessoires autonomes (GPS)
- réparations exceptionnelles (accident)
L’option est formalisée :
- en cochant la case ligne 23 de la 2035-A,
- en complétant le cadre 7 de la 2035-B.
Attention : En cas d’option pour le barème, aucun frais réel lié au véhicule ne doit être déduit.
Les paiements effectués à titre privé doivent être comptabilisés en prélèvements de l’exploitant.
7. Ne pas vérifier la cohérence avec les déclarations de TVA
Un point de contrôle systématique de l’administration fiscale :
- concordance entre le chiffre d’affaires déclaré en 2035,
- et celui figurant sur les déclarations de TVA (CA3 ou CA12).
Tout écart non justifié entraîne questions, rectifications, voire contrôle.
Attention également aux activités partiellement exonérées de TVA : les conditions doivent être strictement respectées.
Les redressements en matière de TVA sont souvent financièrement lourds.
8. Être en retard dans ses déclarations
Le résultat des professionnels libéraux est déterminé sur l’année civile.
La déclaration 2035 est à déposer par voie dématérialisée, en principe au plus tard mi-mai de l’année suivante (date fixée chaque année par l’administration).
Les retards peuvent entraîner des pénalités, une taxation d’office ou encore la perte de certains droits fiscaux.
9. Ne pas adhérer à un OGA (Organisme de Gestion Agréé)
Même si la majoration de 25 % du bénéfice a été supprimée, l’adhésion à un OGA reste fortement recommandée.
Elle permet notamment :
- un contrôle de cohérence des déclarations
- un accompagnement comptable et fiscal
- une réduction du risque de contrôle
- et, sous conditions, une réduction d’impôt pour frais de comptabilité
Même en l’absence de bénéfice, ne pas adhérer à un OGA reste une erreur de gestion.
10. Utiliser un outil comptable non conforme
Depuis 2014, les professionnels doivent être en mesure de fournir un Fichier des Écritures Comptables (FEC) en cas de contrôle.
Le FEC regroupe l’ensemble des écritures validées d’un exercice :
- dates,
- montants,
- libellés,
- comptes utilisés.
Les écritures doivent être validées au plus tard au moment du dépôt de la 2035.
En cas de FEC :
- manquant,
- non conforme,
- ou inaltérable non garanti,
la sanction peut atteindre 5 000 € par exercice contrôlé.
Les tableurs type Excel ne répondent pas aux exigences d’intangibilité.
L’utilisation d’un logiciel conforme, comme macompta.fr, est aujourd’hui incontournable.






